Donald Trump avait annoncé que son second mandat serait placé sous le signe de la liberté d’expression et Charlie Kirk, durant toute sa carrière, s’en était fait le chantre. Et pourtant, l’assassinat de Kirk a offert à Trump l’occasion de s’en prendre avec plus de virulence que jamais aux voix critiques à son égard ou défendant des opinions contraires aux siennes. Sa censure par intimidation s’est étendue aux médias, à la culture et à l’université, dans un écosystème fragilisé par la concentration capitalistique. Mais en s’en prenant ouvertement à la liberté d’expression, principe sacré de l’imaginaire états-unien, le pouvoir n’est-il pas allé trop loin ?
La suspension de l’émission Jimmy Kimmel Live !, annoncée le 17 septembre par la chaîne qui la diffuse depuis sa création il y a vingt-deux ans, n’est pas un accident mais l’illustration d’un mode opératoire. L’État n’interdit pas ; il contraint des acteurs privés – par la menace publique et le levier réglementaire – à museler la parole des opposants et des critiques.
Le prétexte Charlie Kirk
Rapide rappel des derniers événements. Le 10 septembre 2025, l’influenceur et activiste d’extrême droite Charlie Kirk, proche de Donald Trump, est assassiné lors d’une prise de parole en public à l’Utah Valley University. L’onde de choc est nationale.
Immédiatement, le président des États-Unis instrumentalise l’affaire. Dans un discours prononcé depuis le Bureau ovale, il présente Kirk – qui était connu pour ses propos racistes, islamophobes, xénophobes, transphobes, pro-armes et misogynes, pour ses récurrentes remises en cause de l’origine humaine du changement climatique ainsi que pour ses techniques d’intimidation – comme un « martyr de la vérité et de la liberté ».
Trump profite de l’occasion pour accuser la « gauche radicale » et « les médias » d’avoir instauré le climat qui a abouti…
Auteur: Jérôme Viala-Gaudefroy, Spécialiste de la politique américaine, Sciences Po
