Gagnée de haute lutte par les citoyens contre les pouvoirs de l’État et de l’Église au XVIIIe siècle, la liberté d’expression est désormais brandie comme un totem par les patrons des réseaux sociaux et par l’extrême droite.
Les Américains tiennent à leur « liberté d’expression », marqueur identitaire de leur histoire, qui se distingue de la liberté d’expression à la française.
Historiquement, la liberté d’expression aux États-Unis fut couplée avec la liberté de la presse, puisque c’est essentiellement par cette dernière que l’on pouvait s’exprimer publiquement. Le premier amendement stipulait dès 1791 :
« Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis. »
On comprend que la vocation initiale de cette défense de la liberté d’expression était de limiter le pouvoir des dirigeants et de protéger les individus, comme le veut la tradition libérale, soucieuse des libertés individuelles contre toute menace autoritaire venant de l’État.
Liberté d’expression sur les réseaux sociaux
Qu’en est-il aujourd’hui ? La liberté d’expression est à nouveau au centre du jeu et revendiquée, non pas par des citoyens muselés, mais bien par l’État lui-même, ou plutôt par celui qui est à sa tête et entend le gérer comme une entreprise lucrative : Donald Trump.
Parmi les plus fervents défenseurs du premier amendement, les libertariens et les milliardaires de la Silicon Valley propriétaires des nouveaux espaces publics qu’on appelle les réseaux sociaux, veulent avant tout décider des règles qui les encadrent.
Chaque…
Auteur: Mazarine Pingeot, Professeur agrégée de philosophie, Sciences Po Bordeaux

