À plus de 1 000 kilomètres des côtes mexicaines, l’atoll de Clipperton, aussi appelé île de la Passion, surgit comme un point blanc dans l’immensité du Pacifique nord. À peine 170 hectares émergés, ceinturés par un lagon d’eau douce unique au monde. Et pourtant, c’est l’un des hauts lieux de la biodiversité française.
Ici niche la plus grande colonie mondiale de fous masqués. Environ 35 000 couples, soit près de 70 % de la population planétaire de l’espèce. Un sanctuaire aujourd’hui menacé.
De retour d’une mission scientifique menée en novembre, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) dresse un constat alarmant. Introduits accidentellement au début des années 2000, à la suite de naufrages de navires de pêche, les rats noirs ont bouleversé l’équilibre écologique de l’atoll. Cette menace biologique n’est pas la seule à sauter aux yeux.
« Quand on met le pied à Clipperton, ce qui marque, c’est la quantité de plastique », observe Cédric Marteau à La Relève et la Peste. « C’est quelque chose de très parlant, car c’est un tout petit atoll et, par les courants, il récupère beaucoup de déchets ».
De nombreux déchets plastique échouent sur l’île – Crédit : Florent Bignon / LPO
De 11 millions, à 80 000 crabes
Mais la pollution n’est que le premier choc. Le plus préoccupant se joue au ras du sol. Clipperton était autrefois célèbre pour sa population de crabes terrestres rouges. Plus de 11 millions d’individus recensés en 1968. Aujourd’hui, ils sont devenus presque invisibles.
« Là, les crabes, vous les cherchez », explique le directeur du pôle Protection de la nature de la LPO. « On a fait des analyses par échantillonnage, mais on ne va pas dépasser les 80 000 crabes ».
Dévorés par les rats, ces herbivores jouent pourtant un rôle clé. Ils limitent la croissance de la végétation. Leur disparition a ouvert la voie à la prolifération des lianes rampantes, les…
Auteur: Joanna Blain

