La lutte des classes est morte vive la lutte des classes !

Ou comment le langage managérial tente de nous rouler

Cette année j’ai eu la mauvaise surprise de constater que mon bien aimée Master de Socio du travail s’était transformé en formation pour devenir le parfait RH.

Pas l’affreux manager qui exploite les employés, mais le gentil « talent » qui « suggère fortement » à ses « collaborateurs » de « s’investir complètement » dans cette « grande famille » qu’est l’entreprise, s’ils ne veulent pas être renvoyés … oops pardon, je voulais dire s’ils ne veulent pas « qu’on les laisse partir »

Les mots ont un sens, quoi qu’en pense la manager en face de moi au moment où j’écris. Collaborateur n’est pas un synonyme de salarié. Parce que je ne vous apprendrais rien en soulignant que dans le mot collaborateur, il y à collaborer, ce qui signifie travailler dans un but commun. Mais vous et votre entreprise n’avez pas de but commun, c’est même plutôt l’inverse.

C’est bien simple, votre entreprise souhaite vous exploiter en achetant votre force de travail le moins cher possible afin de réaliser les plus gros bénéfices imaginables, tandis que vous, vous ne souhaitez qu’une chose, vendre votre force de travail le plus cher possible, et éventuellement trouver un sens à la tâche ingrate que vous effectuez 35H00 par semaine, mais c’est une autre histoire.

Revenons-en au terme de collaborateur. Est-ce que lorsque vous travaillez dans votre job, alimentaire ou non, et que votre patron, tout collaborateur qu’il est vous demande de lui faire un café, vous vous sentez son égal ? Est-ce que quand votre manager vous reproche de partir chaque soir à l’heure pile vous avez l’impression d’être sur le même barreau de l’échelle sociale que lui ? Et quand vous regardez votre malheureuse fiche de paie, qui vous permet seulement de mettre un toit au-dessus de votre tête et de la bouffe dans votre assiette jusqu’au mois suivant, tandis que votre…

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