La machine à gouverner, bras armé de la cybernétique

La « machine à gouverner », voila comment le père Dubarle parlait de l’ordinateur en 1948, en faisant la recension du livre de Norbert Wiener, La cybernétique, qui venait de paraître et donnait quelques clés de compréhension du nouvel âge atomique et informatique. Depuis, beaucoup de choses ont été dîtes sur la cybernétique et ses conséquences. Dans ce court texte, l’auteur esquisse une intuition peut-être moins perçue à ce sujet : l’idée que la cybernétique « est la pure instanciation de la modernisation du droit, la meilleure réussite des juristes modernes ».

Les critiques contemporaines de la cybernétique s’attaquent volontiers à sa dimension philosophique. Assurément, la pensée cartésienne, véritable arrachement à la nature est à compter dans les racines d’une cybernétique elle-même en lien avec la gouvernance moderne. Ceci construit une véritable « pensée logistique ». On se dirige alors vers les sciences cognitives pour comprendre. Ou, plus mobilisé, on veut défendre une certaine vision de la vie en société contre la pensée cybernétique ; il faut alors se rattacher à une forme de théorie sociale, voire d’idéologie capable de contrer le puissant mouvement de fond d’artificialisation du monde.

Mais un contre-discours, même très bon, est-il de nature à inverser la tendance à l’artificialisation du monde ?

Que pèse une réfutation philosophique émanant de l’intérieur-même de l’épistémé qu’elle conteste ? On cherche alors une véritable prise sur la réalité cybernétique, et non pas seulement l’idéologie cybernétique. Un préalable assuré serait de comprendre comment elle s’incarne. Nous pourrions alors saisir les commandes de ce vaisseau, afin d’en faire dévier la trajectoire, voire le faire atterrir.

Or il y a une bonne nouvelle : des commandes, la cybernétique ne dispose que de cela ! Ce sont des commandes de langage formel. Et la boussole de ce navire, ou plutôt le vent qui le pousse, s’appelle la logique.

Prenons en effet, la plus pure réalisation cybernétique, l’ordinateur. Oublions au passage, la machine de Turing, l’IA forte, l’algorithme, et toutes ces lunes platoniciennes. Elles ne sont nulle part comme phénomènes : elles ne peuvent donc nous intéresser, sauf pour spéculer. Aux fins de l’action, nous devons comprendre ce que sont les « machines à gouverner. » Et il faut commencer par celle qu’identifia Norbert Wiener lui-même : l’ordinateur.

Nous disons ici « ordinateur » et pas…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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