Une année de lutte en Turquie, quatre années de procédure en France et « une victoire en demi-teinte ». C’est ainsi que les associations Sherpa, ActionAid et le syndicat turc Petrol-İş qualifient, dans un communiqué commun publié jeudi 12 mars, la décision rendue le jour même par le tribunal judiciaire de Paris. La juridiction a condamné les Laboratoires de biologie végétale Yves Rocher, maison mère du groupe, pour manquement à son devoir de vigilance à la suite de licenciements massifs dans une filiale turque.
Les deux associations françaises et le syndicat accompagnaient en justice 81 anciens salariés licenciés il y a huit ans par Kozan Kozmétik, une filiale du groupe dont l’usine était située à une trentaine de kilomètres d’Istanbul.
Répression antisyndicale massive
Au printemps 2018, la tentative du syndicat de la chimie Petrol-İş, nouvellement implanté dans l’usine, d’ouvrir des négociations sur des conditions de travail jugées indignes se solde par une vague de licenciements.
Quatorze salariés syndiqués sont d’abord congédiés. Le 11 mai, six autres sont licenciés à leur tour. Puis, le 15 mai, 65 travailleuses et travailleurs supplémentaires sont débarqués pour avoir manifesté leur désaccord. Au total, 130 des 400 salariés du site – principalement des femmes – sont mis à la porte de l’usine en quelques mois.
La lutte pour leur réintégration durera plus d’un an. Pendant plus de 300 jours, les ouvrières et ouvriers licenciés tiennent un piquet de grève devant l’usine. La mobilisation bénéficie d’un large mouvement de soutien dans le pays. Son slogan fait mouche, bien au-delà de la Turquie : « Ce n’est pas le maquillage, mais la résistance qui embellit. »
Condamnation inédite en vertu du devoir de vigilance
Huit ans plus tard, leur résistance et leur endurance auront en partie porté leurs fruits. La 34ᵉ chambre du tribunal judiciaire de Paris a condamné le groupe de…
Auteur: Stéphane Ortega

