« La matière criminelle n’est pas un stock à résorber »

Je n’ai jamais pensé qu’un procès criminel devait s’éterniser par principe. Les délais de la justice pénale sont cause d’une souffrance réelle. Ils sont indignes. Mais, de cette vérité, on voudrait aujourd’hui tirer une conclusion redoutable : parce que la justice manque de moyens, il faudrait imposer des procès plus courts, plus simples, plus efficaces. Et c’est précisément ce que je refuse.

Ces derniers mois, j’ai constaté ce qu’un procès criminel permet lorsqu’on lui laisse le temps d’exister. Non pas le temps mort des renvois et de l’encombrement. Le temps utile. Le temps des débats. Le temps des silences qui finissent par céder. Dans une récente affaire, j’ai vu des prévenus cesser de se réfugier dans des postures. Non par magie. Mais parce qu’à force d’entendre les victimes, leurs tremblements, l’étendue de ce qui avait été détruit, il devenait impossible de les ignorer.

J’ai vu des paroles que ni le dossier, ni l’instruction, ni les procès-verbaux n’auraient pu faire surgir seuls.

J’ai vu des paroles que ni le dossier, ni l’instruction, ni les procès-verbaux n’auraient pu faire surgir seuls. J’ai vu aussi, à la fin, ce que je n’aurais pas imaginé au début : de l’apaisement. Des gestes. Des bras qui s’ouvrent. Des mots de paix. Il aura fallu un mois pour que cela advienne. Un mois. Parce qu’il faut parfois ce temps-là pour que la vérité humaine se fasse jour.


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