Les excellentes éditions Abrüpt et Pierre Magne nous nous font visiter l’une des régions les plus sous-côté de France : le Limousin. L’ouvrage est en librairie mais aussi en ligne, en voici quelques bonnes feuilles.
Situation
On verse dans les analogies avec le monde végétal quand on veut dire son lien particulier à la terre. On se met à parler de souches et de racines. Il n’y a pourtant pas d’homme-plante et aussi forte que soit l’envie de venir de la terre, il faut trouver une manière de se la raconter.
Les humains ne surgissent pas spontanément du sol. Autochtone : « né de la terre même », voilà un mot irrévocablement métaphorique. L’origine terrienne ne se constitue que par les récits, les commémorations, les limites qui ont fonction d’y renvoyer. Cela veut dire que la condition des humains est toujours au fond exilique.
Ces dernières décennies, l’autochtonie est devenue l’objet de revendications montant de tous côtés. Il y a celle des peuples mineurs de longtemps colonisés qui invoquent leur autochtonie pour récupérer un lambeau de terre ancestrale. Il y a désormais aussi celle des peuples dominateurs qui se disent menacés par l’immigration et parlent des « allochtones » comme on parle d’espèces invasives. Toutes les métaphores ne se valent pas, il est des métaphores empoisonneuses.
Il semble assez clair que l’autochtonie affirmée en position dominante a peu à voir avec l’autochtonie des peuples premiers qui essuyèrent les colonisations, à ceci près que c’est la destruction de cette dernière qui a permis sa récupération et son renversement au point que des Français bien installés peuvent aujourd’hui en appeler à l’État et à sa police des frontières pour repousser les « allochtones ».
On aura agi avec science et minutie pour détruire presque partout sur la terre toute possibilité de vivre une autochtonie en pleine existence, selon une sensibilité à la terre…
Auteur: dev

