Alpes apuanes (Italie), reportage
Depuis le belvédère de Campocecina, surplombant la ville toscane de Carrare, une randonneuse se penche par-dessus un mur en pierre pour voir ce qu’il y a en contrebas. « C’est trop beau ! » s’extasie-t-elle en apercevant les carrières de marbre étalées sur des kilomètres. De loin, le blanc sur les parois et sur les routes taillées dans la montagne ressemble à de la neige.
Laura Nannizzi n’est pas du même avis. « La montagne est éventrée… Ils ont coupé ça comme un gros gâteau », se désole la militante de l’association Apuane Libere, qui lutte contre l’extraction intensive dans ce bassin marbrier des Alpes apuanes.
Extrait depuis l’Antiquité, le marbre de Carrare est connu dans le monde grâce aux chefs-d’œuvre de Michel-Ange (1475-1564), comme la statue du David. Chaque année, des milliers de touristes visitent les carrières de cet or blanc devenu symbole du territoire. « Je comprends que c’est une pratique ancienne, mais autrefois cela se faisait dans le respect de la nature. Aujourd’hui, le paradigme a changé et ce n’est plus durable », poursuit Laura Nannizzi.
Depuis les années 1950, les technologies ont accéléré cette activité et la production a explosé. Rien qu’à Carrare, les quantités de marbre extrait ont été multipliées par quatre depuis cette période (800 000 tonnes en 2021). Aujourd’hui encore, plus de 150 carrières sont actives dans les Alpes apuanes.
Au-delà des conséquences sur la biodiversité et sur la stabilité des sols, l’extraction du marbre cause aussi des dégâts avec la « marmettola », une boue formée de poussières ultrafines générées lors de la découpe de la pierre. « Il ne s’agit pas d’un polluant chimique mais physique, avec des effets sur les écosystèmes et les ressources en eau », explique Leonardo Piccini, géologue à l’université de Florence qui a mené plusieurs études sur ce…
Auteur: Caroline Bordecq, Piero Cruciatti
