Je me promets souvent de ne plus écrire simplement « en réaction » à la longue litanie des actualités autour de la modération des discours de haine en ligne. Parce que j’ai déjà beaucoup écrit sur le sujet et que j’ai un peu l’impression d’en avoir fait le tour sur ce blog et dans mes livres, et que pour clore le tour complet de la question il suffit :
- de voir le documentaire ab-so-lu-ment remarquable « The Cleaners«
- de connaître le modèle économique des plateformes de médias sociaux (celui d’une régie publicitaire)
- de comprendre ce qu’était la nature spéculative des discours de haine (ou des discours radicaux) à l’aune du capitalisme linguistique décrit par Frédéric Kaplan (petit résumé de tout cela).
Oui mais.
Mange tes morts.
Le Guardian s’est procuré de nouveaux documents confidentiels concernant la politique de modération de Facebook. Il y a notamment découvert qu’il était tout à fait possible et acceptable d’appeler à la mort de personnalités, dans la mesure où il s’agissait de personnalités « publiques » et dans la mesure où leur compte n’était pas explicitement identifié (tag).
On peut donc écrire sur Facebook :
« Je souhaite que Frédérique Vidal meure dans d’atroces souffrances pour l’ensemble de son oeuvre »
Mais on ne peut pas écrire :
« Je souhaite que @FrédériqueVidal meure dans d’atroces souffrances pour l’ensemble de son oeuvre »
Avouez que c’est subtil. C’est la nuance qui est subtile hein, ce n’est certainement pas Frédérique Vidal.
Les documents obtenus par le Guardian révèlent aussi que les critères sont très larges et très « ouverts » pour déterminer si un compte est, ou non, celui d’une « personnalité publique » :
« En plus des politiciens, stars de la chanson ou sportifs, l’entreprise inclut dans cette catégorie tous les journalistes s’exprimant publiquement ou les internautes ayant plus de 100K (100 000) abonnés sur l’un des principaux réseaux sociaux. »
Ça en fait du monde à qui souhaiter de manger leurs morts. Perso je suis rassuré, étant très loin des 100 000 abonnés (pourquoi croyez-vous que je ferme mes comptes dès que j’arrive à 10 000 ? 😉
Autre caractéristique nécessaire pour être considéré comme une « personnalité publique », relevée par Le Monde :
« avoir été mentionnée dans le titre, le sous-titre ou la prévisualisation de cinq articles de presse ou plus dans les deux dernières années. »
Là du coup, je redeviens potentiellement une cible 🙂
[J’en profite ici pour insérer un parallèle.] Le fait de déterminer si une…
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Auteur: olivierertzscheid Olivier Ertzscheid

