C’est une proposition qui entend aller au-delà de la « rupture métabolique » produite par le capitalisme entre l’humanité et la nature, bien anticipée par Marx, en récusant la séparation entre humains et non-humains (animaux et éléments naturels). Mais quel sens a-t-elle ? Selon Philippe Descola, on peut « resubjectiver » la faune et les océans en leur attribuant la qualité de personnes, puisqu’on le fait déjà pour les sociétés par actions, considérées comme des personnes morales.
Or il s’agit de savoir s’il y a une continuité entre les personnes humaines et les « personnes » non humaines. Le débat partage les anthropologues et les philosophes. Si le Rhône est érigé en sujet de droit, qui siégera en son nom dans le « parlement des choses » que voulait Bruno Latour ? Des humains, puisque seuls eux peuvent se pourvoir en justice.
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Philosophiquement, la proposition porte sur la relation entre droit et devoir. En suivant un impératif de type kantien, celui de préserver les conditions de la vie sur la Terre, les humains ont le devoir de respecter et de protéger le vivant. Aussi, tout en s’éloignant de la vision selon laquelle il y aurait d’un côté les sociétés humaines et de l’autre la nature, séparées parce que les unes seraient construites et pas l’autre, il est possible de reconnaître une relative autonomie des premières par rapport à la seconde. Sans elle, il n’y a pas de « sujet » humain, tout est nature, et nous nous heurtons à une contradiction niant la condition humaine elle-même.
Face à la menace qui pèse sur les conditions de la vie sur la Terre et pour dépasser l’aporie de l’érection de la nature comme sujet de droit postulant une symétrie de…
Auteur: Jean-Marie Harribey

