Il paraît qu’il faut désormais « un gouvernement le plus neutre possible ». C’est Maud Bregeon, députée Renaissance, qui l’a dit ce matin sur TF1, avant d’avouer qu’elle ne savait pas très bien ce que cela voulait dire. Ce lapsus a le mérite de la franchise : personne ne sait. Parce qu’un gouvernement « neutre » n’existe pas. C’est un oxymore, une invention de communicant, un cache-misère pour une majorité qui n’en est plus une et un président qui cherche encore la sortie sans avoir le courage d’en franchir la porte.
Le « technique » n’est qu’un masque pour ce qui demeure profondément idéologique.
Sébastien Lecornu, premier ministre démissionnaire mais missionné pour organiser sa propre succession, incarne cette mécanique absurde. Emmanuel Macron lui demande de « trouver la formule » pour éviter une dissolution. Traduction : éviter le peuple. Ne pas affronter le verdict des urnes, ne pas risquer la sanction, ne pas admettre la défaite politique d’un camp réduit à gérer la continuité comme une fin en soi. Dans ce théâtre sans suspense, la « neutralité » devient un refuge commode. Elle prétend apaiser les tensions, dépasser les clivages, offrir une respiration « technique » – un autre mot qui va devenir très en vogue dans les heures prochaines – à une République essoufflée.
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Mais comment être neutre lorsque le premier geste du prochain gouvernement sera de présenter un budget ? Rien n’est plus politique qu’un budget : choisir, c’est trancher entre celles et ceux qui paieront et ceux qui seront protégés. Il n’y a pas de neutralité entre la hausse du Smic et son blocage, entre la taxation des grandes…
Auteur: Pierre Jacquemain

