Les luttes écologistes ne sont pas imperméables aux inégalités raciales et aux tensions qu’elles charrient. Plusieurs évènements l’ont rappelé ces derniers temps. Au festival des Résistantes, des activistes écologistes racisés ont dénoncé la reproduction de rapports de domination au sein du monde de l’écologie ; le capitaine Paul Watson a suscité la controverse, notamment pour ses liens avec des personnalités aux positions notoirement racistes, tandis que le philosophe Malcom Ferdinand s’émouvait, lors d’un évènement organisé par Reporterre en 2024, d’être « l’un des seuls Noirs de la salle ».
Pour éclairer ces enjeux, Reporterre a interrogé Douce Dibondo, autrice et poétesse, cofondatrice du podcast « Extimité » et autrice de l’essai La Charge raciale (Fayard, 2024).
Dans ce livre, elle décrit le poids invisible, mais permanent, qui accompagne les personnes racisées, y compris dans des espaces militants.
Reporterre — Ces derniers mois, plusieurs tensions ont traversé le mouvement écologiste autour de la question raciale. Est-ce le signe que l’écologie peut devenir un espace où la parole et des pratiques antiracistes peuvent s’exprimer et s’ancrer durablement ?
Douce Dibondo — Je crois qu’il faut se méfier de l’idée d’un progrès linéaire. Pour moi, le temps est cyclique : on avance, on recule. Chaque victoire arrachée est le fruit de luttes acharnées, et les personnes blanches ne mesurent pas ce que cela coûte d’imposer ces agendas-là. Monter sur scène, comme aux Résistantes, pour dire « vous êtes tous racistes », c’est un moment de vulnérabilité immense. Cela demande du courage, mais aussi une énergie considérable, invisible pour la plupart.
Alors oui, il y a des prises de conscience. Mais, qu’est-ce qui change réellement dans la pratique ? Trop souvent, des collectifs écologistes viennent nous chercher au dernier moment, parfois même en…
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

