Israël, colonie de peuplement
En 1948, environ les trois quarts de la population palestinienne d’origine sont chassés de leurs terres. Les expulsions ont commencé l’année précédente ; au moment où l’État d’Israël est créé, quelque cinq cents villages ont déjà été détruits et la majorité des Palestiniens sont réfugiés dans des camps en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans les pays voisins. Les Palestiniens restant dans ce qui vient de devenir Israël se voient accorder la citoyenneté israélienne. Ils vivront désormais en minorité exploitée dans un État qui se définit, de façon contradictoire, comme « juif et démocratique ».
En 1967, Israël envahit la Cisjordanie et la bande de Gaza. Les Palestiniens qui y résident n’ont pas la nationalité israélienne et vivent sous occupation militaire. Pour mieux contrôler ces territoires occupés, l’État incite ses citoyens à s’installer dans des colonies militarisées, situées dans des zones stratégiques au milieu des villes et villages palestiniens.
Comme beaucoup l’ont souligné, ces vagues successives de colonisation et de dépossession correspondent à la définition classique de la colonie de peuplement : un territoire où s’installe une population étrangère qui tente d’en expulser les habitants autochtones afin de fonder une société nouvelle. Toutefois, bien que l’expression « colonialisme de peuplement » soit désormais largement usitée dans les travaux universitaires consacrés à la Palestine, elle est souvent employée en un sens strictement descriptif. Or – et ce sera l’une des thèses que nous défendrons dans ce livre –, pour que ce concept possède une portée analytique, il faut considérer le phénomène qu’il désigne comme une des formes revêtues par l’expansion du capitalisme européen. De plus, parce que ce colonialisme précis est de nature capitaliste, les colonies se rattachent aussi à des processus de…
Auteur: ugopalheta

