Eddington est sorti en salles au milieu du mois de juillet. Deux mois séparent donc sa sortie de la date à laquelle nous mettons le point final à ce texte. Deux mois qui ont permis une certaine production critique. Articles, vidéos Youtube, débats ont suscité une importante somme de discours sur le film – et le moins que l’on puisse dire est que la critique est divisée. Et pourtant, cela nous laissant abasourdis à défaut d’être réellement surpris, il nous semble qu’aucune de ces critiques ne met le doigt de près ou de loin sur le sujet central de ce film : l’inceste. Un avis assez renseigné sur Reddit s’est même fait le plaisir de lister ce qui serait, aux yeux de l’internaute en question, les dix-sept sujets majeurs du film. Il n’a pas même mentionné les violences sexuelles sur les enfants. Cette réception d’Eddington, effarante, est sans doute dû en partie au positionnement même du film, qui tente de montrer comment l’inceste écrase le langage, dans une société qui s’évertue à la maintenir en dehors des frontières du dicible. Retour sur Eddington.
Dans Eddington, le dernier film d’Ari Aster en date, tout fait signe. Gestes et paroles, symboles et écritures semblent désigner quelque chose d’autre qui serait à l’arrière d’eux. Tout n’est que représentation.
Et alors que, face à l’écran, nous nous surprenons à agir en enquêteurices, amassant indices, traces et signaux, nous ne sommes jamais en mesure de comprendre la nature de notre démarche. Sommes-nous devenus des conspirationnistes, des détectives, des scientifiques, des chercheurs en quête d’une vérité première ?
Une seule certitude : la vérité est derrière.
On pourrait ainsi dire qu’Eddington est un film omineux, pour reprendre le terme utilisé par Mark Fisher dans Par-delà étrange et familier. [1] Fisher y distingue en effet le bizarre de l’omineux. Si le bizarre est l’effet produit par quelque chose qui n’est pas à sa place, quelque chose qui se trouve…
Auteur: dev

