La pensée des gendarmes après Sainte-Soline

D’une institution dont la plupart des membres n’ont pas rechigné à intercepter les déserteurs de la guerre de 14 pour les envoyer devant le peloton d’exécution, à pourchasser les gamins évadés des colonies pénitentiaires de l’entre-deux-guerres et à enfermer les Républicains espagnols dans des camps, à donner la chasse aux Juifs et aux Résistants sous l’Occupation, à traquer les réfractaires à la guerre d’Algérie, acheminer de force les rappelés réticents vers la guerre coloniale, pourchasser les résistants algériens promis à la guillotine, et tuer Rémi Fraisse, d’une institution ayant un tel palmarès à son actif, on aurait pu s’attendre à ce qu’après Sainte-Soline, elle émette pour tout message la réaffirmation de son rôle : servir l’Etat, quel que soit le visage qu’il ait pris, et obéir aux ordres, quels qu’en soient la nature. Mais non, on découvre que l’évènement durant lequel 200 manifestants ont été blessés, dont 40 grièvement, avec l’un d’eux toujours entre la vie et la mort, cet événement ne laisse pas le gendarme sans voix. L’Organe de l’Union nationale des personnels et retraités de la gendarmerie (UNPRG), La Voix du Gendarme lui a en effet consacré pas moins de quatre articles.

Un lobby

Mais d’abord, présentons qui parle. Sur son site, l’UNPRG raconte son histoire en invoquant des racines remontant à la Résistance. Au passage, notons que, s’il y eut indéniablement un certain nombre de résistants dans la gendarmerie (surtout à partir de 1944) cela ne l’empêcha pas de faire le job demandé par l’Etat pétainiste, comme signalé ci-dessus. L’intéressant, dans l’historique fourni par l’Union c’est que son rédacteur raconte sur un ton enjoué les ruses par lesquelles cette organisation, dans l’après-guerre, s’est employée à échapper à l’interdiction d’association pour les personnels militaires. Comment cela, petits canaillous, vous vous êtes permis d’adhérer « clandestinement » ? d’utiliser des retraités pour présenter une façade légale alors que les vrais dirigeants restaient dans l’ombre ? Franchement, gendarmes, pour des fanatiques de la légalité, ça la fiche mal ! Mais, comme ils disent, « la mauvaise période est passée ». Tandis que, du côté des cousins de la police nationale, la cogestion gouvernement-syndicats du Ministère de l’Intérieur et des carrières de flic battait son plein depuis le passage de Sarkozy aux affaires, une loi de 2015 du gouvernement Vals reconnaissant les…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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