D’août à septembre 1932, Daniel Guérin par traverser l’Allemagne à pied. Il y retourne, en vélo en avril et mai 1933, dormant dans les auberges de jeunesse, observe et écoute. Ces reportages montrent ce que peu, en France, mesurent encore, Léon Blum compris. Mais derrière l’apparente contamination générale, il découvre aussi celles et ceux qui refusent de se soumettre et d’abdiquer.
Dans un article synthétique et fort éclairant, écrit pour Les Temps modernes en 1954 et proposé en introduction de cet ouvrage, Daniel Guérin revient sur le contexte historique et politique de ces années.
AVANT LA CATASTROPHE (1932)
Les articles publiés à son retour dans le magazine Vu, l’hebdomadaire Monde, la revue syndicaliste révolutionnaire La Révolution prolétarienne et le magazine communiste Regards, étant souvent redondants, il a préféré les fondre en un récit autobiographique.
Dans ce pays qu’il admire, où s’est formée « la classe ouvrière la mieux organisée, la plus cultivée du monde » et où doit triompher le socialisme, il déchante rapidement : « Malgré ça et là quelques apparences trompeuses, tout annonce, tout fomente […] la victoire du fascisme hitlérien. » Dans les auberges de jeunesse où il s’abrite et discute, il constate que « la contagion du fanatisme politique a gagné jusqu’aux impubères » : nazis et révolutionnaires se font face, « dans un état de veillée d’armes ».
Sur les routes, un demi-million de chômeurs errent sans aucun secours. Il redoute que ceux-ci, « le jour venu », « se vendront au plus offrant » ou bien que « leurs rancœurs, trop longtemps accumulées, exploseront avec brutalité et, sur les boucs émissaires qui leur seront désignés, ils cogneront à tour de bras ». « Le gouvernement préfasciste embarque déjà quelques uns de ces trimardeurs, à titre de “volontaires“ dans des camps de travail militarisés. Crever de faim ou se laisser embrigader, telle est, pour la jeunesse…
Auteur: dev

