La Petite dernière / Hafsia Herzi / 1 h 47.
Comment être lesbienne et musulmane (et croyante), alors que l’islam condamne l’homosexualité ? C’était une question majeure du premier roman de Fatima Daas, La Petite Dernière, que l’on retrouve au premier plan dans l’adaptation éponyme qu’en a faite Hafsia Herzi pour son troisième long métrage, présenté en compétition. Passage de l’écrit à l’écran réussi, qui n’était a priori pas aisé car le texte n’est pas construit sur une ligne narrative. La cinéaste en a élaboré une, qui constitue l’axe principal de son film : il s’agit du parcours que Fatima, reconnaissant en elle son attirance pour les filles, va peu à peu effectuer pour se libérer de l’interdit, jusqu’à un certain point.
Le film est scandé par le rythme des saisons qui correspond aux phases de progression de Fatima dans l’acceptation de son identité sexuelle. Certains passages sont attendus (au lycée, elle casse la figure au premier qui la traite de lesbienne ; elle abandonne son petit ami…), d’autres le sont beaucoup moins, comme celui-ci : par le biais d’une application, elle a donné un rendez-vous nocturne à une femme. Fatima entre dans sa voiture. Fermée comme une huître, le visage en partie dissimulé sous sa casquette (elle la porte volontiers, cachant ainsi sa magnifique chevelure), la jeune fille ne veut pas davantage que recueillir des informations sur les pratiques sexuelles entre deux femmes.
Lignes de crête
Difficile de faire son outing dans sa famille, plus encore quand elle est musulmane. Celle de Fatima est aimante (on retrouve l’atmosphère du précédent opus d’Hafsia Herzi, Bonne mère), à laquelle elle donne toute satisfaction avec le bac qu’elle décroche et les études…
Auteur: Christophe Kantcheff

