Écrire, c’est risquer le malentendu. Entre la peur de ne pas être à la hauteur et celle d’un lecteur devenu sourd à la nuance, la plume hésite. Mais au-delà du doute, écrire reste un acte politique : rappeler à l’administration — miroir de nos renoncements — qu’elle peut encore mieux faire, qu’elle peut redevenir service plutôt que servitude.
Écrire n’est jamais un geste neutre. Entre celui qui trace les mots et celui qui les lit s’étend un gouffre : celui du sens, du temps, du regard.
L’écrivain redoute deux choses : ne pas être à la hauteur de ce qu’il écrit, ou que le lecteur ne soit pas à la hauteur de ce qu’il reçoit.
C’est un double vertige, une peur partagée.
Le tremblement intérieur
On croit que la peur d’écrire vient du doute, mais elle vient du respect.
Respect de la pensée, de la langue, du lecteur — et même de soi.
On se demande : est-ce que je mérite ce que j’essaie de dire ?
Écrire, c’est se mettre à nu dans un monde qui n’aime que les uniformes.
Celui qui écrit sans peur devient fonctionnaire de la phrase ; celui qui tremble reste vivant.
À qui écrit-on, vraiment ?
Mais la vraie question est peut-être ailleurs : à qui écrit-on ?
Si c’est à l’administration, cette vieille élève devenue sourde à force de réciter ses formules, mieux vaut parfois économiser le papier.
Elle a transformé la parole en procédure, et la pensée en formulaire.
On n’y parle plus : on y dépose. On n’y écoute plus : on y tamponne.
Pourtant, ce serait trop simple de la rejeter.
L’administration, après tout, c’est une part de nous.
C’est notre manière de mettre un peu d’ordre dans le chaos — mais elle s’est endormie sur ses notes, sûre d’avoir raison parce qu’elle a toujours eu la règle.
L’élève qui peut mieux faire
Elle n’est pas mauvaise, seulement figée.
Elle pourrait mieux faire, comme ces élèves intelligents mais qui recopient sans comprendre.
Elle…
Auteur:

