Travailler plus, supprimer des jours fériés, traquer les fainéants : voilà l’horizon indépassable de François Bayrou. Refrain d’un ordre à bout de souffle, et contre lequel on a forcément hâte de crier “Bloquons tout !”. Alors, en attendant la chute du gouvernement et le 10 septembre, peut-être faut-il relire Thierry Metz, poète ouvrier, comme le prélude d’un manifeste à l’émancipation.
Thierry Metz (1956-1997), l’expérience du travail
Successivement manœuvre, maçon, et ouvrier agricole, Thierry Metz écrit durant ses périodes de chômage. Son écriture porte l’expérience du travail vécu, de l’usure. L’idée du temps contraint aussi, entre gravas et silence, avec la puissante intuition que quelque chose existe ailleurs, au-delà de l’enceinte.
Le chef ne fait que dire le chantier. Rien d’autre. Si on écoute : où est le monde ? qu’est-ce qu’on fait ? Comment savoir ? On parle de rien ici. C’est comme ça tous les jours.
Le travail nous force à laisser le monde couler sous une pelle. A s’y enfermer. Et le temps répétée de l’aliénation, la vitesse qui enchaîne les corps, tout cela efface jusqu’aux mots appris, jusqu’à la langue.
On passe d’une chose à l’autre. Très vite. Pas moyen de s’arrêter une seconde pour désigner le nuage. Et plus loin : les violences. Personne ici ne pourrait parler du feu. Tout reste entre nous. Jamais dit. On n’est convié à rien puisqu’on n’a pas de mots.
Que des outils… C’est tout.
La poésie comme émancipation
Pourtant, derrière les heures passées les mains dans le feu, et malgré les conditions ouvrières, le poème creuse un chemin de résistance. On ne parle ici que sur le mode de la négation :
J’en connais un qui ne veut pas. Qui le dit. Un copain. Je l’avais perdu de vue. Je l’ai retrouvé aujourd’hui, il passait devant le chantier. On a fait des boulots…
Auteur: dev

