Parler d’un livre de poésie comporte un risque politique immédiat. Si la poésie est une destitution de la langue, un savoir-faire plus qu’un vouloir-dire, pour en parler il faut tenter de se détacher de l’analyse littéraire, flicarde, qui s’apparente, malgré ses airs académiques, à un : « le livre j’lui braque les watts dans la gueule en attendant qu’y crache le morceau ». À défaut, un tel texte ne pourrait être qu’une soustraction de sa force.
Il faut ainsi travailler dans une sorte de conspiration des signes, une série d’analogies souterraines. Tenter d’y parvenir par la mise en relation du livre à son lieu (la collection qu’il inaugure, les éditions) autant qu’à des œuvres lointaines. Cela jusqu’à un certain point, puisque cette forme – exégétique – ne se fait qu’à partir d’un livre passé, échangé ; ce qui n’est pas le cas de GITANE, paraissant en mai.
Il ne s’agira donc pas ici de creuser le centre du livre, de lever ne serait-ce qu’un coin du voile. Ceci posé, parlons autour.
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« Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère » selon la citation bien connue de Proust, et maintes fois reprise par Deleuze. C’est une affirmation qu’il faut prendre au sérieux. Chaque écrivain – et j’emploie le terme à dessein, en distinguant, tel Claude Simon, l’auteur qui travaille un sujet de l’écrivain dont le sujet est la langue – chaque écrivain fait sa langue, que le lecteur doit décrypter, c’est-à-dire en désapprenant la langue normative.
Il serait donc, à mon sens, fautif de lire le titre GITANE ou le droit à la candeur comme GITANE ou le droit à la crédulité, voire au retrait du monde au sens dégueulasse du terme. La définition de la candeur, comme une quantité faramineuse de motifs raiziens, se déploie et s’affine à chaque texte. Entrer dans le bouquin sans le moindre repère, cerné de pièges lexicaux, de fragments sonores…
Auteur: dev

