La pollution pétrolière, la face cachée de la guerre en Syrie

Vous lisez la série « Syrie, les défis écologiques de l’après-Assad ».


Qamishli (Syrie), reportage

Une rivière noire serpente entre les terres arides de Kharab Abu Ghalib, dégageant une odeur nauséabonde de pétrole. Des puits de forage entourent le petit village de maisons en terre cuite et des cheminées industrielles laissent s’échapper une fumée inquiétante à l’horizon.

Quelques kilomètres plus loin se trouve le champ pétrolier de Gir Zero, l’un des plus grands du nord-est syrien. Le Rojava, nom kurde de ce territoire riche en pétrole, est ravagé par la pollution. « L’air est totalement irrespirable ici. Nous avons une cinquantaine de cas de cancer déclarés pour 500 habitants. Et nous avons tous une tumeur en nous qui attend seulement de se révéler », dit Ali Thelaj, infirmier libéral du village.

De nombreux habitants rencontrés par Reporterre témoignent de morts dans leur famille et montrent leur peau desséchée par l’eczéma, ou d’autres maladies qu’ils pensent liées aux pollutions. Lors de son développement à l’époque du clan Assad, les habitants recevaient une compensation financière lorsqu’un puits de forage était installé sur leurs terres. « Maintenant, nous ne tirons aucun profit du pétrole, seulement des maladies », ajoute l’infirmier avec amertume.

La rivière noire, faite d’eaux usées et de résidus pétroliers de Gir Zero, est totalement artificielle. Certains la surnomment la « rivière de la mort » ou encore la « rivière salée », car rien ne peut pousser aux alentours.

Le pétrole, nerf de la guerre civile

« Quand il pleut, elle déborde et inonde le village. Les troupeaux qui boivent alors son eau tombent malades et meurent, raconte Hamad, agriculteur, dans une colère palpable. Les autorités locales nous ont promis d’installer des canalisations pour l’évacuer loin du village, mais on attend que ce projet se fasse. »

L’Administration…

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Auteur: Philippe Pernot

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