La possibilité d’une vie non fasciste. Chroniques d’une Allemagne hantée, récemment paru aux éditions Météores, rassemble des textes de Klaus Theweleit écrits entre 1977 et 2021, traduits en français par Christophe Lucchese, et accompagnés d’un entretien inédit. Klaus Theweleit y pose la question qui a hanté toute une génération au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et n’a cessé de nous hanter depuis : comment vivre une vie non fasciste ? Question, pour Theweleit, moins idéologique qu’éminemment affective et corporelle. Mêlant littérature, essai théorique, chroniques d’époque et autobiographie, Klaus Theweleit raconte la recherche de formes de vie qui ne soient pas compatibles avec les désirs répressifs du fascisme. L’intime, la langue, la culture sont confrontés à leurs spectres comme à leur pouvoir parfois lumineux de transformation.
Cet extrait que nous publions s’inscrit dans un vaste entretien, réalisé en 2024 par Déborah V. Brosteaux et Christophe Lucchese avec Klaus Theweleit, et qui constitue la dernière partie de l’ouvrage. Une autre partie de l’entretien a récemment été publié dans la revue TrouNoir.
Christophe Lucchese : Il y a comme un champ de force entre l’histoire ou les histoires, ce qui nous arrive, la manière dont c’est stocké dans le corps et comment ça fait retour sous forme fantomatique…Klaus Theweleit : … et se manifeste spectralement dans la langue. Comme Frieda Grafe le formule dans sa phrase inspirée de Luce Irigaray : « Ce n’est pas le corps qui incarne les idées, ce sont elles qui résultent de lui. » La perception est l’incarnation devenue langue de ce qui réside informulé dans la motricité corporelle et dans ses contacts avec « le monde » et les autres êtres humains. La langue jaillit de la corporéité.
Il y a quelques semaines, un auteur m’envoie un livre qu’il vient de publier sur la « pensée réactionnaire » ,…
Auteur: dev

