La prison de Lefortovo, de la terreur stalinienne à la détention du Français Laurent Vinatier

Le sort de Laurent Vinatier est à nouveau en suspens. Le chercheur français, déjà condamné à trois ans de prison par un tribunal russe pour ne pas s’être enregistré en tant qu’« agent étranger », fait désormais l’objet d’une enquête pour espionnage. Une nouvelle audience est prévue ce lundi 25 août en début d’après-midi à Moscou (à 11 h 30 heure de Paris). Ce sera pour le Français l’une des rares occasions de quitter sa cellule de la prison de Lefortovo, un lieu de détention connu dans toute la Russie pour avoir vu passer entre ses murs de nombreuses victimes des purges staliniennes.

Cette prison n’est pourtant pas l’œuvre du régime soviétique. Commandée par le tsar Alexandre II, elle est inaugurée par son fils Alexandre III en 1881. L’architecture de ce bâtiment situé en plein cœur de Moscou évoque la lettre K, en hommage à l’impératrice Catherine II.

La prison passe sous le contrôle du régime bolchevique après la révolution de 1917, mais sa sinistre réputation ne naîtra que deux décennies plus tard. Dans la deuxième moitié des années 1930, pendant « la Grande terreur », Staline la place sous la tutelle du NKVD, la police politique de l’URSS et l’un des ancêtres du KGB.

De nombreux opposants sont alors enfermés à Lefortovo, où ils sont soumis à des interrogatoires et à la torture par les agents de sécurité. La plupart n’en ressortent pas vivants. La prison a abrité plusieurs détenus figures majeures de la dissidence russe, comme l’écrivain Alexandre Soljenitsyne ou Natan Sharansky, devenu ensuite homme politique en Israël. Bernt Ivar Eidsvig, jeune militant des droits de l’homme norvégien et futur évêque d’Oslo, y passe aussi une centaine de jours en 1976.

Conditions de détention difficiles

À la suite de l’effondrement du régime soviétique, le centre de détention passe en 1994 sous l’administration du ministère de…

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Auteur: Juliette Vienot de Vaublanc