À force de brutaliser les institutions et d’ignorer les rapports de force, Emmanuel Macron a contribué à une situation de blocage inédite de la vie politique française. La Ve République et son mode de scrutin présidentialiste semblent à bout de souffle et l’urgence écologique demeure, une nouvelle fois, inaudible dans le brouhaha politique.
Pour Simon Persico, enseignant-chercheur en science politique à Sciences Po Grenoble et au laboratoire Pacte, le mode de scrutin doit être changé et il faut avancer dans le sens d’une « radicalisation démocratique », seule à même de servir de socle à la bifurcation écologique.
Reporterre — La configuration inédite de l’Assemblée nationale, depuis les dernières législatives, aurait pu favoriser l’émergence d’une culture du compromis, comme l’espéraient certains. C’est l’inverse qui s’est produit. Qu’est-ce qui a mal tourné ?
Simon Persico — Notre vie politique reste hantée par le spectre de l’élection présidentielle, qui doit se tenir dans deux ans et demi au plus tard. Jouer le jeu du compromis, afficher une volonté de dialogue, reviendrait, pour les membres de chacun des trois pôles politiques en place, à se tirer une balle dans le pied vis-à-vis de leurs électeurs. Depuis le 7 juillet, chacun agit essentiellement comme si la prochaine présidentielle allait rebooter la Ve République, en désignant un Président pour gouverner, seul, avec une majorité forte issue des législatives grâce à l’effet d’entraînement. Ce poids écrasant du scrutin présidentiel n’est pas favorable au compromis.
La vie politique est divisée en trois pôles de plus en plus séparés. Comme dans d’autres pays, nous vivons un temps de forte polarisation. Polarisation d’abord idéologique. Chaque pôle mobilise sur des questions différentes : la gauche sur les inégalités et l’écologie, l’extrême droite sur l’immigration, le pouvoir d’achat et…
Auteur: Erwan Manac’h

