Les mouvements sociaux depuis 1968 n’ont pas été rythmés par la succession des mandats présidentiels. Ils ont parfois été liés à telle ou telle réforme politique, mais ils ont aussi surgi indépendamment de la temporalité institutionnelle. Ils sont davantage déterminés par les transformations des rapports sociaux et les mutations de l’État, soit le passage d’une société encore dominée par le travail vers une société que nous avons nommée capitalisée où l’exploitation de la force de travail n’est plus qu’un élément parmi d’autres de la valorisation du capital. Des résistances et des protestations contre ces bouleversements politiques et anthropologiques ont engendré, pendant les mandats de Macron (Ministre de l’Économie, puis Président), le mouvement des places et Nuit debout, l’événement que constitua le mouvement des Gilets jaunes sur les conditions de vie, le mouvement contre le projet de réforme par points des retraites stoppé par la crise sanitaire et enfin, maintenant, le rejet du second projet de réforme des retraites.
Au-delà de la réforme des retraites, l’actuelle protestation serait-elle liée à la violence techno-bureaucratique d’un gouvernement dont on peine à comprendre la sorte de « longue marche » entreprise à la marge ou même à l’extérieur des institutions (cf. le 49-3) ? Si on tente un bilan de l’évolution de l’État, on s’aperçoit que d’un côté perdure verticalité présidentielle et pouvoir régalien de trois ou quatre ministres, et, de l’autre, des institutions décentralisées, horizontalisées en réseaux dans un enchevêtrement donnant lieu à une résorption des institutions que Macron tente d’accélérer. Ce passage de l’État-nation à l’État-réseau qui n’en finit pas se traduit par une crise de légitimité de la Ve République, qui passe aussi bien par des appels à une VIe que par la revendication du RIC ou encore le recours à un état d’exception qui ne prendrait ni la forme bonapartiste ni la forme fasciste-populiste, mais celle d’une personnalisation du pouvoir dans sa forme postmoderne, à savoir vidée d’un véritable contenu politique et surtout de puissance politique. En effet, ce projet de réforme des retraites, tout le monde le reconnaît, même dans le camp présidentiel, n’est pas une réforme comme l’était celle de la retraite par points. Elle répond plus à un prétendu engagement de campagne qu’à une volonté de traiter le sujet ou de répondre à une urgence. Mais elle prend valeur de test de…
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Auteur: dev

