Bachar Al-Assad, à la tête d’un pays exsangue et d’un régime à la solidité douteuse, soutient ses alliés régionaux en paroles bien plus qu’en actes.
La posture diplomatique de Damas depuis le 7 octobre 2023 interroge. Des décennies durant, la question palestinienne a été un élément clé de la rhétorique des régimes Assad (père et fils), dans un pays qui s’est longtemps voulu le cœur battant du nationalisme arabe à travers le Baathisme.
La posture « anti-impérialiste » de Damas et son appartenance à l’« axe de la résistance » (mihwar al-mouqawama) (c’est-à-dire résistance aux projets d’Israël et des États-Unis) autour de Téhéran et du Hezbollah ainsi que, par la suite, du Hamas, des Houthis du Yémen ou des groupes chiites irakiens sont d’autres dimensions clés du positionnement historique du régime.
Et pourtant, la Syrie a été relativement inaudible depuis un an. Comment l’expliquer ?
Un soutien du bout des lèvres au Hamas
Certes, les représentants de Damas ont fermement condamné la guerre « totale » (selon le vocabulaire désormais en cours à Tel-Aviv) déclenchée par Israël à l’encontre de Gaza, puis du Hezbollah (ou du Liban dans son ensemble, selon les lectures) depuis septembre 2024, et dénoncé les exactions, les dévastations et les crimes commis par Tsahal contre les civils palestiniens et libanais. Mais Bachar Al-Assad a brillé par son silence sur ces sujets, et n’est même pas intervenu lors du jour de Jérusalem (5 avril), contrairement au président iranien Ebrahim Raïssi, à Hassan Nasrallah, à Ismaïl Haniyeh ou encore à Abd al-Malek al-Houthi… Les officiels syriens ont peu fait référence au Hamas, et n’ont guère affiché une éventuelle solidarité avec le mouvement islamiste palestinien.
Les manifestations de solidarité avec la Palestine, par exemple le 10 octobre 2023 à Damas (place Arnous), ont été brèves, très encadrées par les forces…
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Auteur: Philippe Droz-Vincent, Professeur agrégé en sciences politiques et en relations internationales. Spécialiste du monde arabe, Sciences Po Grenoble

