Antisémitisme. Métamorphoses et controverses, Mark Mazower, traduit de l’anglais par Marc Saint-Upéry, La Découverte, 378 pages, 23,50 euros.
Critiquer la politique de l’État d’Israël, est-ce antisémite ? L’antisionisme est-il forcément de l’antisémitisme ? Comment ce mot, apparu seulement à la fin du XIXe siècle, a-t-il d’abord désigné une réalité qui était « la face cachée de la modernité occidentale », puisque cherchant à « saper le principe d’égalité juridique entre les citoyens », avant que son sens ne commence à se brouiller avec la création de l’État d’Israël et la prise de conscience progressive de la Shoah ? L’historien spécialiste de l’Europe, notamment des XIXe et XXe siècles, Mark Mazower, professeur à l’université new-yorkaise Columbia, analyse le retournement du sens de ce terme et ses usages chargés d’étouffer « en contrebande » toute critique d’Israël.
Vous rappelez qu’après 1948, en Israël, il ne fallait pas trop parler de la Shoah, car il fallait donner l’image d’un peuple en train de construire son pays, avec un « homme nouveau », fort, et non une victime. Mais, alors que ces questions ont longtemps paru distinctes, la mémoire de la Shoah, la lutte contre l’antisémitisme et le soutien à l’État d’Israël se sont étroitement mêlées ces dernières décennies. Comment cette évolution est-elle advenue ?
Mark Mazower : Tout d’abord, cette évolution a été concomitante d’un changement de génération, en Israël et au-delà. Les survivants de la Shoah, notamment ceux qui ont construit l’État d’Israël après la Seconde Guerre mondiale, ont disparu progressivement et, en même temps, l’opinion politique a fortement glissé de la gauche vers la droite,…
Auteur: Olivier Doubre

