Ce texte a été écrit par une anarchiste féministe d’Irkoutsk. Il interroge les liens entre les mouvements progressistes de gauche et les mouvements décoloniaux en Russie, dans le contexte d’une guerre coloniale d’agression menée par l’État russe en Ukraine depuis plus de quatre ans.
Pourquoi les organisations de gauche opérant en Fédération de Russie ne soutiennent-elles pas les mouvements décoloniaux ? Pourquoi sont-elles incapables de proposer une alternative à la logique impériale du gouvernement, ou d’élaborer des programmes politiques qui incluent et soutiennent les voix autochtones ? Face aux tensions dans les républiques et les régions, ces groupes cherchent-ils réellement à promouvoir un modèle plus juste de participation politique ?
Peut-être cela tient-il au fait que la gauche russe raisonne en termes de « pouvoir central » : ses programmes politiques visent à s’en emparer tout en préservant le statut territorial « indivisible » actuel de la Fédération de Russie. Autrement dit, la gauche, dans son ensemble, ne serait pas en mesure de soutenir des idées de désintégration et de décolonisation de la Fédération.
N’est-ce pas pourtant à partir des perspectives de gauche que devaient se construire les stratégies politiques d’un monde plus juste et plus égalitaire ? Après tout, n’est-ce pas précisément de la gauche — et non des libéraux dominants — que beaucoup attendaient une critique rigoureuse des tactiques revanchistes de la Fédération de Russie, ainsi que la reconnaissance de la longue histoire des génocides et des ethnocides perpétrés par les forces de la métropole ? Pourquoi, dès lors, la critique portée aujourd’hui par la gauche russe continue-t-elle de se concentrer principalement sur l’impérialisme occidental ?
Nous constatons que les forces de gauche publiques et organisées sont prêtes à dénoncer la collusion des capitaux transnationaux, de la…
Auteur: dev

