Les sciences se sont imposées dans les grands débats de notre temps. Du dérèglement climatique à la 5G, de la pandémie de covid-19 aux pesticides, d’aucuns se tournent vers la communauté scientifique pour obtenir des réponses tandis que d’autres rejettent avec virulence le monde de la recherche. Bernadette Bensaude-Vincent, philosophe et historienne des sciences, professeure émérite à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, propose de faire un pas de côté pour mieux comprendre les enjeux autour de la place des sciences dans le débat public.
Depuis la crise du covid-19, plusieurs travaux s’inquiètent de la baisse de confiance dansles sciences au sein de la population française. Comment expliquer cette baisse ?
Effectivement, la crise du covid-19, avec les antivax et les théories du complot, a fait surgir une vague d’inquiétudes au point que l’Organisation mondiale de la santé a parlé d’infodémie avant de déclarer la pandémie. La méfiance à l’égard des experts alarme les milieux scientifiques, qui déplorent une montée de l’irrationalité dans le public, et suscite la panique dans les milieux politiques, qui sentent la démocratie menacée. C’est d’ailleurs ce climat de tensions exacerbées qui m’a poussée à écrire cet essai, Les Sciences dans la mêlée, avec Gabriel Dorthe.
D’abord le diagnostic de perte de confiance n’est pas aussi évident qu’il y paraît. Il est démenti par les sondages d’opinion qui montrent que la confiance du public se porte sur « la Science », sur une vision idéale de la science pure, détachée des intérêts et des valeurs. Or cela n’a rien à voir avec le fonctionnement réel de la recherche. Avant d’expliquer la baisse de confiance, et plutôt que de se focaliser sur l’attitude du public, il faut analyser le fonctionnement de la science telle qu’elle se fait plutôt que telle qu’on la rêve ou telle…
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Auteur: François Rulier

