En matière de bioéthique, la France a fait le choix singulier de ne pas laisser aux seuls experts le soin de décider ce que la médecine peut ou doit faire. Ce choix se traduit par l’articulation de trois piliers indissociables que sont le CCNE (Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé), les lois de bioéthique et les États généraux de la bioéthique.
En organisant l’édition 2026 des États généraux dans un contexte géopolitique international et national complexe, nous avons voulu honorer cette originalité française qui est de convoquer un espace de délibération nationale sur les questions du vivant, du soin et des innovations biomédicales, avant une révision de la loi relative à la bioéthique en 2028.
Des innovations en santé au pouvoir inédit
Nous assistons à une accélération sans précédent des innovations en santé. La médecine génomique, les organoïdes, les neurosciences, les perspectives de xénogreffe ou de régénération d’organes et l’irruption de l’intelligence artificielle dans les pratiques de soin modifient les capacités de la médecine et les frontières entre le possible et le légitime.
Demain peut-être, nous serons en capacité de disposer d’un pouvoir inédit : celui d’agir directement sur les fondements mêmes de l’être humain. Que ferons-nous de ce pouvoir ? Cette question nous conduit à nous interroger sur ce que recouvre réellement la notion de « progrès pour la personne ».
Pour y répondre, la réflexion bioéthique doit être partagée avec la société et s’appuyer sur des principes essentiels, rappelés notamment par le Conseil d’État en 2018 : la dignité de chaque personne ; la liberté individuelle, garante du respect de la vie privée, de l’autonomie et du consentement ; enfin, la solidarité, qui se traduit à la fois par la conception française du don, anonyme et altruiste, et par…
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