« La raison d’être des séries est de faire passer le temps à notre place »

La Croix : « Vide à la demande », cette formule est un peu énigmatique. Qu’est-ce que vous voulez dire derrière ce titre ?

Bertrand Cochard : C’est un jeu de mots avec l’expression « vidéo à la demande ». En m’appuyant sur les travaux de Guy Debord, de Günther Anders, de Jean Baudrillard, de Jonathan Crary ou encore de Hartmut Rosa, je souhaite montrer que l’objectif derrière cette boulimie de séries est de remplir un vide intrinsèque à l’individu. Günther Anders disait d’ailleurs que ce qui nous faisait nous tourner vers la consommation de marchandises durant notre temps libre, c’était justement une « horreur du vide », le besoin irrépressible de constamment être occupé, horreur et besoin qu’il rapporte à la société marchande.

Aujourd’hui, quel est notre rapport au temps libre ? Comment le conçoit-on ?

B. C. : Le temps libre, comme nous le concevons aujourd’hui, reçoit sa détermination du temps de travail. C’est un temps qui est « libéré » par le travail, qui est chèrement gagné, et qu’il faut rentabiliser. Selon cette conception, le temps libre est une forme vide qu’il faut occuper par un divertissement, un loisir ou un passe-temps. Ce faisant, nous laissons les marchandises décider à notre place, nous les laissons « relancer le cours du temps ». Si bien que le temps libre n’est libre qu’en apparence.

Vous dites que vous êtes un « sériephile repenti ». Quel était votre rapport aux séries avant d’écrire ce livre ? Quel a été le déclic ?

B. C. : Comme la plupart des gens, j’apprécie les séries. Il m’arrive encore d’en regarder aujourd’hui. Je crois que ce qui m’a fait réaliser leur potentiel nuisible, c’est avant tout l’expérience temporelle qu’induit le visionnage. J’ai toujours vécu la consommation de séries comme un plaisir coupable : on débranche le cerveau, on se met dans une position confortable et on se laisse porter par le récit,…

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Auteur: Recueilli par Marin Guillon Verne