On invoque de plus en plus la raréfaction de l’eau en la présentant comme une conséquence du changement climatique. Ce discours interpelle à plus d’un titre. Il sert aujourd’hui à justifier, en France, des projets de retenues de substitution, communément appelées méga-bassines, de retenues collinaires et de réutilisation des eaux usées. Les promoteurs de ces ouvrages ou projets les présentent comme une solution nécessaire face au changement climatique. S’agit-il effectivement d’une adaptation à ce dernier ? Ou s’agit-il d’une transformation plus complexe de notre rapport aux ressources naturelles, présentée comme telle ? La question mérite d’être posée.
Par Julie Trottier, directrice de recherche au CNRS
Le réchauffement climatique est une réalité démontrée par la communauté scientifique. Cependant, la quantité d’eau demeure constante au niveau planétaire. Que signifie donc la « raréfaction de l’eau » dans ce cas ? Ce terme exprime en fait deux choses.Tout d’abord, l’augmentation des températures signifie que les plantes transpirent plus pour conserver une température qui leur permet de rester vivantes. Si les agriculteurs veulent continuer à produire les mêmes quantités en utilisant les mêmes assolements, ils doivent s’assurer que les plantes qu’ils cultivent puissent consommer une quantité croissante d’eau. S’ils doivent acheminer cette eau jusqu’à la plante en pratiquant l’irrigation, ils se heurtent rapidement au fait que la quantité d’eau à laquelle ils ont accès est rarement extensible. Il ne s’agit donc pas strictement parlant d’une raréfaction de l’eau, mais plutôt d’une compétition accrue pour l’eau. En France, l’agriculture consomme d’ores et déjà 58 % de la totalité de l’eau consommée annuellement dans le pays. La compétition…
Auteur: Le Poing

