Après près de trois décennies de guerre, le conflit armé dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) n’a eu de cesse de s’intensifier. La rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, a occupé le devant de la scène ces dernières années. Cependant, l’est de la RDC abrite plus de 100 autres groupes armés, qui sont également une source majeure d’instabilité. La question de leur démobilisation hante le pays depuis la fin de la deuxième guerre du Congo en 2003.
Un nouveau chapitre de cette lancinante problématique semble s’ouvrir. En 2022, le gouvernement a décidé de former une alliance avec des groupes armés pour combattre leur ennemi commun, le M23 et ses soutiens rwandais. Parallèlement, il a lancé une initiative visant à créer une force de réserve, la Réserve armée de la défense (RAD), institutionnalisant ainsi une pratique déjà courante au sein de l’armée congolaise : l’utilisation des groupes armés comme auxiliaires.
La création de l’armée de réserve permet au gouvernement de récompenser les alliés des groupes armés en les intégrant tout en les plaçant sous un contrôle institutionnel. Mais cela fonctionnera-t-il vraiment ?
Nos recherches passées et en cours sur l’intégration militaire et la démobilisation dans l’est de la RDC jettent un doute sur ce sujet, pour trois raisons.
Le premier risque est que les groupes armés augmentent leurs effectifs pour renforcer leur position de négociation une fois l’intégration réalisée. Cela se produit déjà par anticipation, de nombreux groupes armés ayant intensifié leur recrutement.
Deuxièmement, les forces réservistes pourraient entrer en concurrence avec l’armée pour le contrôle des territoires et les ressources limitées, voire se retourner contre ceux qui les ont créées.
Enfin, le simple fait d’intégrer des groupes armés dans une force de réserve ne permet guère de répondre aux griefs de longue date qui sont à la base du conflit…
Auteur: Judith Verweijen, Assistant professor, Utrecht University

