Le 11 mars, en Éthiopie, des affrontements ont éclaté entre deux factions du Front de libération du peuple du Tigré, au pouvoir depuis plus de vingt ans, faisant craindre un retour de la guerre dans la région du Tigré. Weldehiwot Birhanu, anthropologue à l’université de Mekele, évoque ses craintes et la nécessité de poursuivre la recherche malgré tout.
Je suis enseignant-chercheur en sciences sociales et je travaille sur les conséquences de la guerre de 2020-2022 sur ma région, le Tigré, dans le nord de l’Éthiopie. Coûte que coûte. Tous les jours à Mekele, ma ville natale, je me rends en rickshaw dans un quartier un peu à l’écart pour y conduire mes recherches. Il y a beaucoup d’anciens soldats qui vivent ici, tous âgés d’une vingtaine d’années et qui ont combattu pour l’armée du Tigré il y a deux ans.
Je les interviewe. Sur place, j’ai un petit bureau, même s’il n’y a pas d’eau et que l’électricité et internet ne fonctionnent pas toujours. J’y donne des cours. En fait, ce quartier est le campus de mon université. Ces anciens soldats, sujets de mes recherches, sont aussi mes étudiants. Ils ont posé les armes et repris le chemin de l’école. Une école qui rappelle la guerre. Comme toutes les écoles ici. Au centre-ville, le grand lycée Yohannes-IV a servi de baraquement aux soldats de l’armée fédérale. Mais les jeunes y étudient de nouveau. Coûte que coûte.
Pendant la guerre, des années de travaux qui n’avaient pas pu être numérisés se sont évaporées.
Pendant la guerre, des années de travaux qui n’avaient pas pu être numérisés se sont évaporées. Il a fallu se serrer la ceinture car, pendant deux ans, nous n’avons pas été payés. La famine et l’inflation ont mangé nos économies alors que nous attendions la fin des bombardements et des occupations successives. Aujourd’hui, nous avons repris le travail et nous…
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