L’électricité des barrages est-elle un produit comme un autre, au cœur d’un gigantesque marché (fort lucratif), ou un bien commun ? C’est l’une des questions qui planeront au-dessus des débats qui débutent le 28 janvier à l’Assemblée nationale sur l’avenir des barrages hydroélectriques.
Il sera aussi question de l’attitude que la France devrait adopter vis-à-vis de la Commission européenne et de sa feuille de route obstinément néolibérale. Le tout enrobé d’une assommante controverse de droit administratif dont personne ne semble capable de faire l’exégèse à ce stade.
De quoi parle-t-on ? Depuis 2015, la Commission européenne demande à la France d’offrir aux entreprises privées la possibilité de gérer les gros barrages hydroélectriques, au nom de la concurrence sur le marché de l’énergie.
Tous les partis politiques sont contre une telle privatisation. Les barrages sont des équipements hautement stratégiques dont le pilotage répond à de nombreux enjeux contradictoires : risque de black-out électrique ; gestion du risque de pénurie d’eau et des confits entre les besoins de l’irrigation agricole, de l’industrie, du tourisme et la préservation de l’environnement ; besoin en eau pour le refroidissement des centrales nucléaires ; etc. Pas le genre de jouet à mettre entre les mains d’une entreprise privée, animée par un instinct mercantile.
« Elle va ajouter une couche de risque et d’opacité »
Mais le consensus n’a pas permis d’éviter que le débat ne tourne à la bataille de chiffonniers. Après moult négociations avec Bruxelles, les services du ministère de l’Énergie, représentés sur ce dossier par un duo de députés MoDem-Parti socialiste, Philippe Bolo et Marie-Noëlle Battistel, entendent sortir du contentieux grâce à deux réformes majeures.
La première, d’une extraordinaire complexité juridique, vise à modifier le cadre légal entourant la…
Auteur: Erwan Manac’h

