Dans la foulée du « scandale » ayant entouré et suivi la parution de la tribune Zapper Bolloré, le réalisateur Sylvain George propose de ne pas se contenter d’une dénonciation conjoncturelle mais d’en profiter pour mettre au jour tout ce que cela révèle du cinéma français : ses dépendances économiques, ses seuils de reconnaissance, les conditions matérielles par lesquelles une œuvre peut, ou non, apparaître.
Il ne s’agit pas seulement de se demander comment arrêter Bolloré, mais de comprendre comment un Bolloré a pu devenir possible. De là, s’ouvre la question de savoir à quoi il tiendrait de faire exister une « politique profane de l’apparition ».
Ce qu’un Bolloré rend visible
Quelque chose s’est déplacé dans le cinéma français depuis plusieurs semaines. Ce qui pouvait encore passer pour une inquiétude diffuse, tenu pour une alerte venue de quelques cinéastes, productrices, techniciens, programmateurs ou exploitants, a pris la forme d’un conflit beaucoup plus net. La séquence ouverte par la tribune Zapper Bolloré n’a pas seulement mis en cause l’entrée du groupe Bolloré dans UGC, ni l’emprise croissante d’un milliardaire ultra réactionnaire sur les médias, l’édition, l’audiovisuel et désormais l’exploitation des salles. Elle a rendu visible une structure fondée sur la dépendance que le cinéma français préfère souvent ne pas regarder en face. Derrière le récit de l’exception culturelle, derrière les institutions et l’idée que ce cinéma se fait volontiers de sa liberté, subsistent des passages obligés, des financeurs dont dépend l’existence même des films, des lieux de diffusion trop concentrés, des critères de reconnaissance qui peuvent se retourner en instruments de discipline.
Canal Plus n’est pas un partenaire ordinaire. Depuis des décennies, la chaîne occupe une place décisive dans le financement du cinéma français : elle entre dans les plans de…
Auteur: dev

