L’extrême droite française ne combat plus la République par la nostalgie affichée de l’Ancien Régime. Elle la sape plus efficacement : en la décrivant comme un échec structurel. Insécurité, désordre social, délitement moral, perte d’autorité : tout est imputé à la République, jamais aux politiques menées ni aux rapports de force économiques. Ce discours n’est pas une critique réformatrice ; c’est une entreprise de délégitimation. La République n’est plus présentée comme perfectible, mais comme intrinsèquement défaillante. Ce glissement idéologique prépare une rupture plus radicale.
Historiquement, la droite française est d’abord monarchiste. Elle se construit contre 1789, contre le suffrage universel, contre l’égalité civique. La droite ne devient républicaine qu’à la fin du XIXᵉ siècle, par nécessité électorale plus que par adhésion philosophique. Pendant tout le XXᵉ siècle, les droites monarchistes – de l’Action française de Charles Maurras à ses héritiers intellectuels – restent minoritaires, discréditées par leur compromission avec l’antisémitisme, le pétainisme et l’anti-parlementarisme. Elles se taisent, mais ne disparaissent jamais. Elles attendent.
L’objectif est limpide : que les milliardaires deviennent l’unique intermédiaire entre le citoyen, le politique et la réalité
Aujourd’hui, leurs idées ressurgissent, recyclées par l’extrême droite contemporaine. Éric Zemmour revendique explicitement l’héritage intellectuel de penseurs monarchistes comme Jacques Bainville, théoricien d’un ordre autoritaire hostile à la démocratie. Philippe de Villiers glorifie une France pré-républicaine, enracinée, hiérarchique, où le peuple est sommé de se reconnaître dans le passé plutôt que de se gouverner au présent. Marine Le Pen et Marion Maréchal, chacune à leur manière, dénoncent le Parlement, les contre-pouvoirs, la séparation des pouvoirs, au nom…
Auteur: Le Média

