« La résistance se nourrit de notre labeur » : les Libanaises sur tous les fronts face à Israël

Beyrouth (Liban), reportage

Le pont gît sur la berge, ses entrailles d’acier tordues par le souffle de l’explosion. Autour, des tractopelles s’activent, entourées de bananiers recouverts de poussière pendant que le fleuve Litani serpente tranquillement vers la Méditerranée. Pour le franchir, il faut traverser un no man’s land de gravats : le pont de Qasmiyeh, sur la route maritime qui relie le sud du Liban au reste du pays, a été bombardé par Israël le 16 avril — juste avant l’annonce du cessez-le-feu entre le Hezbollah et l’État hébreu. Le lendemain, l’armée libanaise travaillait à le rouvrir et à déblayer les décombres, permettant à des milliers de familles de franchir le fleuve stratégique.

Klaxonnant de joie, se saluant mutuellement, les déplacés, dont l’espoir est tangible, passent en file indienne dans des voitures chargées de matelas et d’affaires personnelles. Parmi eux, de nombreuses femmes, essentielles dans la résistance face à Israël. « Je vais enfin pouvoir rentrer au village, après 41 jours de déplacement. Ma maison est détruite, mais peut-être que je pourrais rester dans celle de ma sœur », espère Farida, originaire de Touline, un village frontalier d’Israël, et réfugiée avec sa famille dans une petite ville côtière au sud de Beyrouth.

À l’ombre d’une station-service endommagée par un bombardement israélien, la dame de 53 ans se repose, les mollets enflés par la marche : exaspérée par les bouchons s’accumulant des heures avant le pont, elle a préféré faire le trajet à pied, en plein soleil. Elle attend maintenant que son fils la rejoigne en voiture.

« Je n’attends que ça, de pouvoir rejoindre ma terre et la cultiver, je ne peux pas rester les bras croisés. La guerre nous a fait perdre une saison entière, on a dû fuir avant de pouvoir planter le tabac — mais on va recommencer, ce n’est pas la première fois », ajoute l’agricultrice avec…

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Auteur: Philippe Pernot

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