Les autorités de Damas ont interdit la consommation d’alcool dans les espaces publics, au nom d’une vision très conservatrice de l’islam. La mesure autorise toutefois la vente dans trois quartiers où vivent les chrétiens, ce qui tend à encore davantage pointer du doigt cette minorité. Au-delà, l’objectif du gouvernement Al-Charaa est d’imprimer un tour de vis supplémentaire au contrôle de l’espace public.
Depuis l’instauration du nouveau régime d’Ahmad Al-Charaa à Damas le 8 décembre 2024, on observe en Syrie une volonté croissante des autorités d’encadrer les comportements dans l’espace public.
Dans ce contexte, la question de la consommation d’alcool, loin d’être anecdotique, apparaît comme un indicateur révélateur des transformations en cours. Elle s’insère dans une dynamique plus large marquée par un renforcement du contrôle social, une mobilisation accrue du registre religieux et une recomposition des rapports entre communautés, notamment à l’égard des populations chrétiennes.
Une politique de restriction de l’alcool mise en place dès mars 2026
Le 16 mars 2026, le gouvernorat de Damas a promulgué la réglementation n° 311/MT, qui interdit la consommation d’alcool dans l’ensemble des bars, restaurants et espaces publics de ce gouvernorat, qui est composé uniquement de la capitale du pays (il n’y a pas d’autres réglementations similaires dans d’autres villes pour le moment). Présentée comme une réponse aux attentes locales (notamment à la suite de plaintes répétées des habitants relatives à la vente aux mineurs) et comme un moyen de préserver les « bonnes mœurs », cette mesure a été justifiée par les autorités, dans une argumentation reprise et diffusée par l’agence officielle SANA (Syrian Arab News Agency), comme un renforcement du décret législatif n° 180 du 23 mars 1952, qui interdisait déjà la vente et la consommation d’alcool dans les zones…
Auteur: Imad Khillo, Maître de conférences de droit public à Sciences Po Grenoble / Université Grenoble Alpes. Chercheur au Centre d’études et de recherche sur la diplomatie, l’administration publique et le politique (CERDAP²). Codirecteur du séminaire de recherche « Construction nationale et religions en Méditerranée » au Collège des Bernardins., Sciences Po Grenoble – Université Grenoble Alpes

