À chaque mouvement social en France, l’imaginaire de la Révolution française est convoqué. Cela a été particulièrement visible pendant les Gilets Jaunes, mais aussi le 18 septembre où toute la classe dominante s’est émue de la présence d’une fausse guillotine dans une manifestation. On a vu aussi des rassemblements le 21 septembre, date anniversaire de l’abolition de la royauté. Si la Révolution Française imprègne notre imaginaire, elle est une histoire complexe qui n’est toutefois pas toujours si bien connue, d’autant que son spectre hante les puissants depuis plusieurs siècles, ceux-là même qui diffusent une lecture contre-révolutionnaire des événements. Pour parler de tout cela nous avons eu la chance de nous entretenir avec deux historiens et spécialistes de la Révolution Française, Marc Belissa et Yannick Bosc, notamment co-auteurs d’un livre sorti l’année dernière aux Editions Sociales, Découvrir Saint-Just.
Girondins, Jacobins, Montagnards, République, Terreur… De quoi parle-t-on vraiment ?
Commençons par des bases. Qu’entendent les révolutionnaires comme Saint-Just par “République” ? Est-ce seulement l’opposition à la monarchie, un synonyme de démocratie, ou le suffrage universel ?
Marc Belissa : En 1789, “République” signifie d’abord res publica, la “chose publique”. Le mot est très large : il peut désigner l’État, le gouvernement, la société dans son ensemble. Dès les débuts de la Révolution, certains affirment déjà que la France est une république, même avec un roi. Burke, grand contre-révolutionnaire, explique en 1790 que la France compte “40 000 républiques” en référence aux communes, preuve selon lui qu’il s’agit bien d’un système républicain. Le terme a un sens politique mais aussi social : c’est le lieu où règne l’égalité des droits.
Quand la République est officiellement “proclamée” en septembre 1792, beaucoup…
Auteur: Rob Grams

