La révolution selon Lénine — Bruno GUIGUE

Voir loin, très loin, n’est pas donné à tout le monde. Au lendemain de la révolution de 1905, Lénine comprend que la période de réaction politique qui a suivi l’écrasement de la Commune arrive à son terme. Conscient de l’inéluctabilité de la guerre impérialiste, il est l’un des rares à voir clair dans une brume crépusculaire : celle de l’époque où se consument les derniers feux de la civilisation bourgeoise. Il a la conviction que le grand carnage va ruiner le prestige d’une Europe qui a renié ses valeurs. Théoricien de l’impérialisme, il procure son intelligibilité à un processus qui est toujours à l’œuvre dans le monde qui est le nôtre. Ses analyses sur « la domination de l’oligarchie financière », sur « l’asphyxie financière » que subissent les pays pauvres de la part des créanciers internationaux, sur la « prépondérance croissante du capital financier dans l’économie mondiale », sur la formation de ces « puissants trusts internationaux ignorant les frontières », sur la division fondamentale de l’espace mondial entre les grandes nations développées à vocation « impérialiste » et les pays « coloniaux ou semi-coloniaux » assujettis à la domination économique des puissances prédatrices : autant de descriptions qui conservent un étrange parfum d’actualité.

Le chef bolchevik a compris avant tout le monde que la Grande Guerre n’est pas une guerre comme les autres : c’est le chaudron bouillonnant dans lequel les apprentis-sorciers de l’impérialisme ont préparé la tragédie du XXe siècle. Avec le traité de Versailles, ils ont amorcé une bombe à retardement dont l’explosion embrasera les cinq continents. C’est pourquoi, dans le grand carnage de 14-18, Lénine voit une promesse tout autant qu’un accomplissement. Il y décèle les signes du futur en même temps que l’empreinte d’un passé révolu. Le rejet de la guerre impérialiste renvoie à l’Occident…

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Auteur: Bruno GUIGUE