Il est devenu courant, dans le langage médiatique, de convoquer « la rue arabe » chaque fois que la question palestinienne revient sur le devant de la scène. Le mot surgit dans les titres, les éditoriaux, les commentaires diplomatiques : la « rue arabe » serait en ébullition, en colère, en solidarité. Un bloc compact, ému, uni par une cause qui lui serait consubstantielle. À l’heure où Gaza est, une fois encore, dévastée, ce réflexe lexical ressurgit avec la force d’un automatisme. Mais que dit cette catégorie, en apparence anodine ? Et surtout, que tait-elle ?
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Le mythe de « la rue arabe » n’est pas nouveau. Il est né à l’intersection d’un imaginaire colonial, d’une pensée stratégique et d’un journalisme de surface. Dès la guerre du Golfe en 1991, l’expression gagne en fréquence : elle permet de signifier des réactions populaires jugées imprévisibles, irrationnelles, bruyantes — autant de traits qu’on n’associe guère à la diplomatie.
Plus tard, lors de la seconde Intifada, puis des printemps arabes, elle devient une figure obligée du commentaire : la rue arabe applaudit, gronde, s’indigne. Elle n’analyse pas, elle ne débat pas, elle réagit. Et si elle est solidaire de la cause palestinienne, c’est toujours au nom d’un lien supposé, presque biologique, entre Arabes et Palestiniens. Comme si penser la Palestine autrement relevait, dans ce monde-là, de l’hérésie.
Ce traitement nie la conflictualité des sociétés arabes. Il dépolitise leurs prises de position en les assignant à leur origine
Ce qui frappe, pourtant, c’est la manière dont cette catégorie essentialise ce qu’elle prétend décrire. Elle réduit…
Auteur: Brahim Metiba

