La santé mentale, angle mort des plans sociaux

En 2025, proclamée « année de la santé mentale », les restructurations s’intensifient : plans de sauvegarde de l’emploi (PSE), fermetures de sites, suppressions de postes. Ces décisions brutales touchent des milliers de personnes, désorganisent les collectifs et fragilisent les parcours professionnels, sans que leurs effets psychiques ne soient réellement considérés. Ils sont toujours traités comme des externalités inévitables.

Les chiffres sont connus : au quatrième trimestre 2024, 157 PSE ont été validés ou homologués, soit une hausse de 39 % par rapport à l’année précédente. 11  300 ruptures de contrat sont concernées, pour un total de 565 PSE sur l’année — la plus forte progression depuis 2017. Les projections pour 2025 confirment cette tendance à la hausse.

Les effets psychologiques des PSE sont documentés, tant pour les salariées qui partent que pour celles et ceux qui restent. Le rapport européen HIRES le rappelait en 2009 : les restructurations affectent leur santé mentale et physique, et plus largement celle de la communauté. Elles génèrent anxiété, conflits internes, perte de repères, absentéisme, turnover, désengagement. Et pourtant, ces effets sont largement sous-estimés, rarement mesurés, trop rarement anticipés.

Quand ils le sont, c’est d’abord sous l’angle indemnitaire : combien d’euros pour partir, dans quelles conditions. Or une indemnité ne répare ni l’atteinte identitaire liée à la perte d’un métier ni la désintégration d’un collectif de travail.

La souffrance sans langage

«  Agilité  », «  transformation », «  mobilité professionnelle » : le vocabulaire employé dans les plans sociaux n’est pas neutre. Il masque la violence des effets des décisions prises. Lorsque la signature d’un accord d’entreprise devient l’objectif central, on cherche en outre une forme de consentement symbolique des représentantes du personnel à la…

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Auteur: Bertrand Jacquier

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