Nara Ritz est le fondateur et coordinateur de l’Observatoire pour les droits des citoyens itinérants (ODCI), une ONG accompagnant les Voyageurs dans leurs démarches juridiques, qui publie le jeudi 16 septembre un rapport complet sur les atteintes au droit au logement qu’ils subissent. Un état des lieux qui tombe à pic, deux jours après l’annonce d’Emmanuel Macron de l’élargissement de l’amende forfaitaire aux « délits d’occupation illicite » par lesdits « gens du voyage », dès octobre.
Reporterre — « Toute violation du droit au logement risque fortement d’amener la violation […] du droit à un environnement sain », affirme votre rapport. Comment se matérialise, pour les Voyageurs, ce lien entre atteintes au droit au logement et discriminations environnementales ?
Nara Ritz — Les gens vivent sur des sites humiliants, excluants, dépourvus d’humanité. Cet environnement génère des discriminations. Si j’habite un site qui défraie la chronique parce qu’il est sale, moche, catégorisant socialement, les autres discriminations suivront. Par ailleurs, la caravane n’est pas reconnue comme un logement. Les Voyageurs ne bénéficient pas des aides et des droits qui y sont attachés, dont certaines normes environnementales. Ce que l’on questionne, dans ce rapport, c’est la volonté politique. Il s’agit d’un urbanisme répressif : les lieux choisis pour mettre les Voyageurs, qu’il s’agisse d’aires dites « d’accueil » ou de grand passage, sont coincés entre une déchetterie, une autoroute, une voie ferrée… L’architecture aussi est répressive : ces terrains désignés relèvent du parcage, avec des blocs, du grillage, du béton… Tout cela est maîtrisé, rien n’est laissé au hasard. L’organisation urbaine et architecturale est faite pour écœurer les Voyageurs, et les amener à choisir un autre type d’habitat.
Les personnes ont souvent le sentiment que l’environnement qui leur est imposé est une « illustration de l’ostracisme », témoigne votre rapport ; et cela crée des souffrances mentales…
L’ambiance environnementale peut évidemment amener des maux terrifiants. Quand on vit sur un terrain désigné, c’est souvent dégueulasse. L’eau et l’électricité sont régulièrement coupées, sans que l’on sache quand elles reviendront. Du fait de la proximité des axes routiers, vous avez du bruit constant, et vous craignez que vos enfants ne se fassent renverser en sortant du terrain. Tout cela est très angoissant et amène des pathologies mentales…
La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Maïa Courtois Reporterre

