Mathilde Szuba est maîtresse de conférences en science politique à Science Po Lille et spécialiste des questions d’économies d’énergie. Dans cet entretien, elle explore les possibilités d’adopter une politique de sobriété, alors que le monde connait un des plus grands chocs énergétiques depuis un demi-siècle, en raison de l’offensive israélo-étasunienne menée en Iran. Mais la sobriété en matière énergétique est oubliée, au profit de l’intervention sur les prix, ce qui conduit selon elle à une situation particulièrement inégalitaire et conflictuelle.
Vous pouvez lire ci-dessous ce grand entretien, ou l’écouter intégralement sur une plateforme de votre choix et le regarder en vidéo.
Reporterre — La guerre contre l’Iran déclenchée par Trump et Netanyahou a conduit à une crise énergétique majeure. Et pourtant, on ne parle pas de sobriété. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Mathilde Szuba — Ce n’est pas la première fois qu’on perçoit une crise énergétique comme un accident qui pourra se régler rapidement. Le premier choc pétrolier, en 1973, peu après la guerre du Kippour, a d’abord été perçu sous son aspect diplomatique et militaire. Mais avec les chocs pétroliers de 1973 et 1979, la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie en 2022, et le choc avec l’Iran récemment, cela fait quatre situations dans lesquelles le pétrole et le gaz sont utilisés comme moyens de pression.
C’est extrêmement révélateur de notre état de dépendance, et pourtant ce n’est pas perçu comme tel, mais comme des manœuvres géopolitiques, des moyens de chantage ponctuels et réversibles, et des situations où il y a un problème de prix et non pas de quantité. Or la sobriété est une réflexion fondée sur la question de la quantité disponible de pétrole et des énergies et l’idée qu’il faudrait en consommer beaucoup moins, pas juste moins cher.
Voulez-vous dire que derrière la…
Auteur: Hervé Kempf

