Achille Mbembe, né au Cameroun, est historien et politiste, enseignant et directeur de recherche au sein de l’université sud-africaine Witwatersrand. Il est à l’origine de la Fondation de l’innovation pour la démocratie (2022), organisation panafricaine dédiée à l’émergence d’une démocratie « substantive » sur le continent. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’Afrique mais aussi, en philosophe, sur le devenir des sociétés humaines.
Après le Mali, la Guinée Conakry, le Burkina Faso et le Niger, le Gabon vient de connaître à son tour un coup d’État. Que nous disent ces événements de la France, dont ces pays sont tous d’anciennes colonies ?
Un cycle historique est arrivé à sa fin, celui que l’on a appelé la Françafrique. Mis en place au lendemain de la décolonisation, ce modèle de prédation et d’accaparement de rentes de toutes sortes reposait sur le maillage du continent par des bases militaires, ainsi qu’une présence active dans un certain nombre de pays transformés en têtes de pont de l’influence française sur le continent. S’y ajoutait un ordre monétaire articulé sur les francs CFA en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et dans certaines îles de l’océan Indien. Cet ordre monétaire, pendant très longtemps, a gouverné les échanges avec la France, qui occupait une position privilégiée dans les transactions économiques avec ces États nouvellement indépendants.
Enfin, le troisième pilier était culturel. Il opérait par le biais d’institutions chargées de redistribuer du capital symbolique, notamment aux élites politiques, administratives et intellectuelles, par le biais de la langue française. Les nouveaux États indépendants étaient pensés par la France comme son pré carré, domaine privilégié où elle pouvait intervenir presque à loisir par le biais, par exemple, d’opérations militaires à…
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Auteur: Patrick Piro

