La superette

Le 17 avril dernier, partout en France, avait lieu le 3e acte contre la réintoxication du monde. Peu après l’arrivée de la vélorution Grenobloise qui répondait à cet appel, ce sont les grandes portes fermées depuis plus d’un an du Magasin des Horizons, Centre National d’Art Contemporain, qui se sont rouvertes pour quelques heures, avant que la police en décide autrement. C’est donc le devant des portes du bâtiment qui voit notre expérience se dérouler. Ouvert en 1986, ce vestige de la grande culture de gauche s’était éteint de l’intérieur depuis déjà bien longtemps. Nous avons tenté de le ranimer, de débrancher l’oxygène artificiel qui le maintenait péniblement en vie et d’y insuffler de nouvelles forces vives ; au moins expérimenter un autre rapport à ce que peuvent être l’art, la culture et le politique aujourd’hui. D’un magasin sans horizons, nous avons souhaité faire une supérette, ouverte 7/7 et reliée à son quartier.

Nous contons ici une histoire qui a tout d’une tragédie joyeuse, et qui montre si bien le drame quotidien qu’est la culture en France en 2021, au-delà des ouvertures essentielles et autres ’occupations’, sous l’œil supposé bienveillant des directions de théâtres.

PROLOGUE

Le Chœur

Ô Magasin, toi qui as eu pour seul horizon une tragique dépossession. 
Toi qui as vu ta si grande halle traversée par d’immenses tuyaux de conduites forcées, destinées à percer et déchirer les montagnes, 
Toi qui te perdais parmi tant d’’autres usines bien avant d’accueillir en ton sein des expositions d’art contemporain, 
Ô Magasin, te souviens-tu quand tes ouvrier·ère·s industrie·lle·s se transformèrent en salarié·e·s du tertiaire ou de la recherche, pour que les patrons continuent leur profit ailleurs, 
Te rappelles-tu de ces artistes qui se donnèrent le droit de faire de ton immense terrain vague leur propre foyer parmi les friches et les squats. Et la manière dont les aménageurs ont fait de ce feu foisonnant, un cluster culturel, telle la première pierre d’une gentrification destinée à grignoter les espaces encore vivants d’une histoire populaire.

L’histoire que nous allons raconter prend place sur des terres baptisées d’après le nom des illustres grands patrons qui y construisirent leurs usines il y a fort fort longtemps : le quartier Bouchayer-Viallet.

Ces terres restèrent inhabitées durant des siècles, dû à l’inconfort de leur sol marécageux. Puis un jour, certains trouvèrent comment dompter cet obstacle naturel,…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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