Rembrandt. — « De Nachtwacht » (La Ronde de nuit), 1642
C’est comme un accident de la route : carrefour fatal, un mort. Le macronisme meurt à l’intersection qui l’attendait de toute éternité : l’intersection de la route du capital et de la route du peuple. Ici le capital se présente sous sa forme pure, la forme de l’argent qui fait de l’argent, sans médiation : la forme du capital financier. En face : le feu. Le Financial Times qui a le sens de la synthèse, dont manquent tous les médias français embarqués, titre de bonne heure : « La France entre le marché obligataire et les barricades ». Voilà, nous y sommes : à l’os.
Quatre décennies de pourriture néolibérale sont en train d’arriver à maturité, en ce point de crise terminale, le point du télescopage de deux principes de souveraineté incompatibles : d’un côté, la revendication de souveraineté des marchés financiers, qui prétendent avoir barre sur l’entièreté des politiques publiques, les conformer selon leurs vœux, tuer dans l’œuf celles qui leur déplaisent ; de l’autre la souveraineté du peuple. Le macronisme est le parti de la première souveraineté contre la seconde : choose France, please the markets — pour le reste, CRS, éborgnements, mutilations. Il aura fallu attendre 2017 pour que le capital fasse élire un homme du capital et que tout apparaisse en pleine lumière : la politique pour le capital, et rien que pour le capital. Auparavant, tout avait été plus ou moins bien recouvert, par des atermoiements résiduels, des timidités embarrassées, des hésitations, parfois même des reculades. Avec Macron, tout est devenu clair.
Il n’est pas fortuit que la crise de la dette souveraine éclate en même temps que la crise politique (arrêter de parler de crise « sociale ») : ce sont là des phénomènes d’entrée en phase caractéristiques des ordres globaux allant à leur ruine, lorsque tous…
Auteur: Frédéric Lordon
