L’opéraïsme a acquis une renommée internationale pour son rôle fondateur dans l’émergence d’un marxisme autonome, acteur théorique majeur des conflictualités sociales en Italie à la fin du XXe siècle. Pour autant, le pionnier de cette approche, Mario Tronti, n’a pas suivi le chemin tumultueux des partisans autonomes de l’insurrection. Issu du parti communiste, la fin de l’expérience de Classe operaia a signifié pour lui un retour dans le giron du parti. Souvent décrite comme un reniement, la trajectoire intellectuelle de Tronti est ici restituée dans sa plénitude par Davide Gallo Lassere.
Loin d’être une régression théorique, le tournant de l’autonomie du politique a été pour Tronti un prolongement de l’élaboration opéraïste sur le terrain des institutions. Convaincu du bien-fondé d’une pratique prolétaire du gouvernement, Tronti a proposé dans ces années crépusculaires une relecture stimulante des pensées conservatrices des institutions (de Weber à Schmitt). Sans prendre parti, Lassere propose de lire un Tronti encore inconnu en français, qui offre une contribution riche sur le devenir de la classe ouvrière et sur la question brûlante d’une realpolitik communiste.
Cet article a d’abord été publié par la revue Période, en mars 2018.
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Le communisme du XXe siècle – notre Heimat
Scruter le monde d’un œil politique. Se confronter avec l’histoire d’abord, et seulement ensuite avec la théorie. Poursuivre non pas tant l’insertion dans une tradition de pensée, que des outils pour organiser la lutte. Voilà, en gros, la démarche développée par Mario Tronti tout au long de sa vie. Politique pensant plutôt que penseur politique, l’auteur de l’ouvrage fondateur de l’opéraïsme fait systématiquement imploser la séparation entre théorie et pratique. D’après Tronti, la théorie est toujours politique et la politique est toujours théorique. C’est à partir des pratiques qu’on…
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